Denis O’Brien : “Je n’investirai pas un sou en République dominicaine”

Ces dernières semaines, les actes de maltraitance subis par les compatriotes haïtiens en Républicaine dominicaine ne cessent de défrayer la chronique et provoquent des réactions en cascades. Entre manifestation des haïtiens devant l’Ambassade d’Haïti en République dominicaine et les déclarations de Denis O’Brien, propriétaire de la compagnie téléphonique Digicel, et d’Andrés Navarro, chancelier dominicain, la journée du mardi 24 février 2015 a été riche en rebondissements.

Denis O’Brien, le fondateur de la Digicel, numéro un du marché de téléphonie mobile en Haïti, a fait une sortie pour le moins fracassante au sujet des actes de barbarie perpétrés contre des Haïtiens en République dominicaine. Participant ce mardi 24 février 2015, en Haïti, à une réunion de Haïti Action Network de la Fondation Clinton, en marge de l’inauguration de l’hôtel Marriott, l’homme d’affaires irlandais, en répondant à une question qui lui était adressée, a pris le taureau par les cornes.

Invité à donner son opinion sur la situation actuelle du pays, sur les questions politiques d’Haïti notamment, le businessman irlandais s’est concentré sur le traitement que reçoivent les Haïtiens en République dominicaine, en relatant qu’un homme a été pendu sur une place publique, tandis qu’un autre a été décapité. « L’absence de réponse du gouvernement est honteuse», a-t-il ajouté avant de préciser que même s’il avait été invité à faire des affaires en République dominicaine, il n’aurait pas investi un sou là-bas à cause du traitement inhumain réservé aux Haïtiens.

Pour rappel, Digicel Group est un leader sur le marché mondial des services de télécommunication avec ses opérations dans 33 marchés dans les Caraïbes, en Amérique Centrale et en Asie Pacifique. A son actif: 13 ans d’opération et un investissement total de plus de 5 milliards de dollars jusqu’à date à travers le monde entier.

Par ailleurs, toujours au cours de la journée du mardi, l’homme d’affaires dominicain, Juan Vicini, président de Banco del Progreso et du conseil du quotidien Listin Diario, a payé 500 000 dollars américains dans une vente aux enchères pour pouvoir survoler la frontière haïtiano-dominicaine en hélicoptère en compagnie de Sean Penn et de l’ancien président des États-Unis Bill Clinton. Vucini avait pour objectif, la promotion d’un projet de développement au niveau de frontière qu’il mène de concert avec certains hommes d’affaires haïtiens dont Marc Antoine Acra.

La diplomatie dominicaine n’a rien à se reprocher

Entretemps, le ministre dominicain des Affaires étrangères, Andrés Navarro, défendait dans les médias la stratégie diplomatique implémentée par la République dominicaine vis-à-vis d’Haïti, fondée, selon lui sur la coexistence pacifique et productive, le dialogue permanent et l’application des politiques bilatérales qui renforcent le développement des deux nations.

« Celui qui n’est pas en mesure de vivre de manière pacifique et productive avec ses voisins, ne sera pas en mesure de le faire avec ceux qui sont beaucoup plus loin », a déclaré Andrés Navarro dans une interview accordée au journal financier El Dinero. « Nous n’allons pas briser ce principe. Au contraire, nous le supporterons », a-t-il fait savoir tout en affirmant qu’il existe un certain nombre de problèmes qui affectent République dominicaine et que la seule façon de les résoudre est de le faire en coordination avec Haïti.

À son avis, la République dominicaine ne pourrait pas s’afficher comme une nation avec la capacité d’interagir positivement avec d’autres pays si elle n’a pas la capacité de cohabiter avec son plus proche voisin. Le haut fonctionnaire, qui rejette toute action belligérante de son pays en Haïti, croit que les Dominicains doivent être disposés à travailler de manière à vivre paisiblement dans cette île de 76 000 kilomètres carrés, dont plus de 48 000 se trouvent en République dominicaine.

Les haïtiens ne veulent plus de leur Ambassadeur

Pour finir, des dizaines de résidents haïtiens en République dominicaine ont protesté hier mardi devant l’ambassade d’Haïti dans ce pays pour exiger le renvoi de l’ambassadeur Fritz Cinéas. Les manifestants en ont fait la demande au président Michel Martelly, faisant valoir que le diplomate est un obstacle au bon déroulement du Plan de Régularisation des étrangers exécuté par les autorités dominicaines.

Les manifestants estiment nécessaire, qu’avant l’expiration du processus de régularisation, les autorités haïtiennes accordent assistance aux milliers de citoyens vivant en République dominicaine afin de les aider à régulariser leur situation dans le pays. «Nous voulons que Fritz Cinéas quitte le pays et qu’il [le Président Martelly] nous envoie un autre ambassadeur parce que nous, les Haïtiens dans ce pays, nous n’avons personne qui peut nous défendre », a déclaré, en colère, Joël Aristide, un des manifestants, rapporte le journal dominicain El Caribe.

Ces derniers ont exprimé leur volonté de continuer à protester jusqu’à ce que le gouvernement de Michel Martelly dépose l’ambassadeur Cinéas.

Le Nouvelliste

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