Vers la reprise du dialogue entre Haïti et la République dominicaine

Haïti et la République dominicaine pourraient reprendre le dialogue dans les prochains jours. Alors que le ministre haïtien des Affaires étrangères, Duly Brutus, projette de rencontrer son homologue dominicain dès mardi au Guatemala, ce dernier réaffirme que son pays n’a pas l’intention de suspendre ses relations diplomatiques avec Haïti.

Le ministre haïtien des Affaires étrangères est au Guatemala pour participer au 45e Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement du système d’intégration de l’Amérique centrale. Une délégation dirigée par le président Danilo Medina représente la République dominicaine. Comme l’avait annoncé le ministre Dully Brutus il y a environ deux semaines, les autorités des deux pays profiteront de cette occasion pour discuter sur les dernières tensions ayant émaillé les relations entre les deux peuples.

Dans sa dernière correspondance au chancelier dominicain, le ministre des Affaires étrangères aurait même formulé à son homologue sa volonté de le rencontrer sur la crise. Une idée que ne réfute pas le chancelier dominicain favorable à la reprise du dialogue. Toutefois, le chef de la diplomatie dominicaine dit attendre des réactions adéquates de la part du gouvernement haïtien à propos de l’agression des missions diplomatiques dominicaines. Ce qui, selon le chancelier Navarro, doit faciliter la reprise du dialogue entre les deux pays.

Le ministre Andrés Navarro affirme que son pays n’entend pas rompre ses relations diplomatiques avec Haïti. Le chef de la diplomatie dominicaine demande aux autorités haïtiennes des garanties sur la sécurité avant de rouvrir ses consulats en Haïti. En effet, depuis l’attaque du consulat général de la République dominicaine à Pétion-Ville, les services consulaires dominicains ont été suspendus en Haïti. Le personnel de l’ambassade a été évacué. L’ambassade dominicaine et les cinq consultas sont depuis sécurisés par des unités de la police nationale.

« Nous avons fermé nos services consulaires de manière temporaire et avons rappelé le personnel de notre ambassade de manière préventive », a fait savoir le chancelier dominicain. Le gouvernement dominicain a pris ces décisions jusqu’à ce que le gouvernement haïtien fournisse des « garanties quant à la sécurité physique de nos personnels et de nos missions, en accord avec la Convention de Vienne », a indiqué André Navarro.

Si les autorités se montrent favorables au dialogue, la situation demeure néanmoins tendue au niveau de la frontière. Le marché binational n’a pas fonctionné ce lundi à Belladère, alors que les Haïtiens ont manifesté leur mécontentement. Ils étaient quelques milliers de personnes, venues de différents points du département du Centre pour dénoncer la violence faite aux Haïtiens en terre voisine. « Nous n’entendons pas nous en prendre aux intérêts dominicains dans la zone, nous voulons tout simplement déclarer que nous sommes contre l’assassinat de nos compatriotes », a déclaré Patrick Jeune, l’un des organisateurs de la marche. La marche a été organisée à l’initiative de plusieurs organisations de la société civile.

Des transporteurs dominicains bloqués sur la frontière ont recommencé les distributions en Haïti. Contrairement aux informations qui circulaient dans la presse dominicaine, les camions de transport ont été maintenus au niveau de la douane pour des raisons de sécurité. Selon le directeur de l’Administration générale des douanes, Clovis Noël, les transporteurs dominicains ont été stoppés au niveau de la frontière pour des raisons administratives. Sitôt que ces derniers ont rempli les formalités au niveau de la douane haïtienne, les premiers camions ont pu quitter la frontière vendredi dernier.

Face aux multiples menaces de représailles qui planent sur les intérêts dominicains en Haïti, la Police nationale d’Haïti a dépêché des hommes en renfort dans le Nord. Des unités spécialisées de la PNH assurent depuis jeudi la sécurité des consulats dominicains à Ouanaminthe et au Cap-Haïtien. Des hommes sont présents également sur la frontière. La crise naissant de l’assassinat de ressortissants haïtiens en terre voisine ne cesse de dégrader. Les menaces de représailles se multiplient des deux côtés.

Louis-Joseph Olivier/Le Nouvelliste

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