Venezuela: Maduro menace les patrons de les priver de dollars

Par Julien Gonzalez

Les tensions montent entre le président Nicolas Maduro et les syndicats patronaux. Ce mercredi 22 avril 2015, le président vénézuélien s’en est pris à la principale organisation patronale du pays, coupable selon lui de « sabotage » et de « guerre économique ». Des accusations habituelles dans la bouche du chef de l’Etat, mais cette fois le président a menacé ces patrons de leur couper les vivres.

Avec notre correspondant à Caracas,

Nicolas Maduro a clairement haussé le ton contre de nombreux patrons et la principale organisation patronale du Venezuela, ce mercredi 22 avril 2015. « Il n’y a plus de dollars pour vous », a-t-il dit. La menace a fait grand bruit au Venezuela, un pays qui vit de ses rentes pétrolières, plus de 95 % des devises venant de cette activité. Mais le Venezuela importe quasiment toutes ces marchandises, car il ne produit presque rien. Et c’est là qu’interviennent les dollars, indispensables à qui veut lancer une entreprise et, surtout, acheter n’importe quel produit à des fournisseurs étrangers.

Cette menace de couper l’accès aux devises étrangères, le président vénézuélien la justifie au nom de « l’intérêt du peuple ». Pour lui, certains patrons sont des fauteurs de trouble, qui n’achalandent pas les magasins et provoquent les pénuries, les grandes files d’attente, etc. « Ce sont eux qui irritent et volent le peuple vénézuélien », résume-t-il.

En conséquence, si le président ne s’adressait qu’aux syndicats patronaux, beaucoup de Vénézuéliens redoutent que les chambres de commerce, les associations de commerçants et toutes les entreprises privées affiliées à l’organisation patronale ne touchent bientôt plus un seul dollar.

Toute discussion semble impossible

Malgré l’appel au dialogue de l’organisation patronale, toute discussion semble impossible. En effet, ce qui a déclenché la colère du président Maduro, c’est cette autre menace : une commission d’enquête de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) devrait intervenir prochainement, à la demande des syndicats patronaux. Cela impliquerait que cette instance étrangère viendrait mettre son nez dans les affaires économiques internes du pays. Et de cela, Nicolas Maduro ne veut clairement pas.

L’organisation patronale dénonce les intimidations dont elle est victime. « Plus de 56 chefs d’entreprises ont été arrêtés dans tout le pays », affirme le directeur du syndicat. Exemple le plus symbolique : en février dernier, des cadres de la principale chaîne de pharmacies du pays avaient été arrêtés pour boycott et déstabilisation de l’économie.

Ce n’est pas la première fois que ces menaces sont mises à exécution. Mais au Venezuela, le jeu semble surtout symbolique. Dans un contexte de crispation économique, avec un cours du pétrole très bas, le président est clairement sous pressions. Cette nouvelle attaque de sa part vise donc à assurer un peu plus la mainmise de l’Etat sur l’économie. Et pour le président Maduro, permet de se présenter comme seul rempart de la corruption dans les entreprises.

RFI
Photo: REUTERS/Marco Bello

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